Dimanche 13 avril 2008 7 13 /04 /Avr /2008 16:21

  

Kandisky décrit le choc qu'il reçut en découvrant les meules de Monet:

 

"Jusque là, je ne connaissais que l'art naturaliste…et soudain je me trouvais, pour la première fois, devant une peinture qui représentait une meule de foin, ainsi que l'indiquait le catalogue, et que je ne reconnaissais pas… L'objet employé dans l'œuvre, en tant qu'élément indispensable, perdit pour moi son importance. Tout cela restait confus en moi et je ne pouvais encore prévoir les conséquences naturelles de cette découverte".




A partir de là, plusieurs questions se posent:

 

Pourquoi garder fidèlement, dans nos représentations, l'apparence de la nature qui se

présente à nos yeux ?

Quel intérêt aurions-nous à reproduire photographiquement le monde qui nous entoure ?

L'artiste est-il réduit à copier scrupuleusement la "réalité" …et quelle réalité ? Celle de la première apparence de l'œuf ou sa réalité cachée qui se révèle lorsque la coquille se brise ?

 








Alors, pourquoi ne pas partir de la réalité apparente, de la briser et explorer librement les formes qu'elle suggère ?

Analyser, décomposer, superposer, assembler les éléments proposés par l'appréhension première, plus uniquement selon les critères de la perception, mais aussi par ceux de la composition du tableau et de sa révélation.

 



La tradition greco-latine s'était efforcée de distinguer l'homme de la confusion de l'univers. La sensibilité alliée à la raison lui avait permis de prendre un certain recul par rapport à ce dernier afin de lui permettre d'organiser son existence et sa pensée tout en domptant ses peurs et ses angoisses.

 

Le monde d'aujourd'hui, rempli d'agressivité contre le vivant, semble à nouveau nous échapper. Tous les  efforts conjugués du réel des sens et de l'ordre de la raison accumulés au cours de la tradition ont été jetés comme de vulgaires déchets.

Tendus frénétiquement vers le progrès, nous n'avons pas hésité à négliger tout contrôle de la conscience dans notre volonté d'asservir l'univers. Il en résulte que, comme nos ancêtres, nous nous retrouvons démunis mentalement et physiquement.                                                        


Les monstres d'aujourd'hui ne sont plus les bêtes féroces ou les divinités maléfiques, mais s'appellent pollution, déforestation, profits aveugles, croissance à tout prix, Monsanto, CO2, dioxine, agent orange, OGM, HIV, terrorisme, Scientologie, misère ou asservissement physique et moral. Des dragons bien plus dangereux que ceux du moyen âge
, car ils sont insaisissables et ils avancent sous le couvert du progrès. Insidieusement, petit à petit, ils se sont infiltrés partout: dans la terre qui nous nourrit, dans l'air que l'on respire, pour finalement squatter à notre insu notre esprit et notre corps.



Aujourd'hui, nous nous sentons envahir par l'angoisse de l'humanité confrontée à son destin qu'elle ne peut plus maîtriser car, lancée dans une course folle et absurde, elle a piétiné les repères qui lui donnaient une certaine emprise sur le chaos du monde.  Nous sommes à nouveau des primitifs devant un monde devenu étranger, peuplé d'esprits redoutables qui tantôt nous terrorisent et plus tard nous apprivoisent pour mieux nous asservir.

 

Alors, l'artiste réagit en expulsant de son âme sa perception du monde. Les lignes qu'il trace et les couleurs qu'il projette sont l'émanation inconsciente de sa vie affective autour de laquelle il défend son existence et sa pensée.

Pour ce faire, il détruit les images pour mieux puiser dans la vie et en transmettre les palpitations primordiales en la réédifiant par de savantes constructions basées sur des structures primaires douces ou brutales et des plans colorés.

Il propose la rigueur de l'harmonie, partant à la recherche de la beauté idéalisée ou en dénonçant par le déchiquetage des formes la tragédie de notre destin.

Telle est son aventure. Telle est la logique secrète qui l'anime.

André BRETON disait :

"L'a-t-on assez gagné, cet angle toujours fuyant sous lequel les choses s'estompent jusqu'à disparaître au prix de quoi commence seulement à se dévoiler l'esprit des choses".

Par Pigeolet José - Publié dans : Ecrit sur l'art
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